01.La SPFPL est une holding professionnelle, pas une structure d’exercice
La SPFPL a principalement vocation à détenir des parts ou actions de sociétés dans lesquelles s’exerce une profession libérale réglementée, dans le respect du cadre commun et des règles propres au métier. L’activité professionnelle reste exercée par la SEL ou l’autre structure autorisée ; la holding organise la détention au-dessus. Cette distinction commande toute l’analyse. Les honoraires, les charges du cabinet, les responsabilités professionnelles et la rémunération du travail ne se déplacent pas automatiquement dans la SPFPL. Créer une holding sans savoir précisément ce qu’elle détiendra et pourquoi revient à ajouter un étage avant d’avoir dessiné le bâtiment.
02.Le cadre commun ne remplace jamais les règles de la profession
L’ordonnance du 8 février 2023, entrée en vigueur le 1er septembre 2024, a réorganisé l’exercice en société des professions libérales réglementées. Elle encadre notamment les SPFPL et distingue les familles des professions de santé, juridiques ou judiciaires, et techniques ou du cadre de vie. Cette base commune se combine avec des décrets et règles professionnels. Composition du capital, droits de vote, dirigeants, sociétés pouvant être détenues, inscription ou déclaration auprès de l’autorité compétente : la faisabilité doit être vérifiée métier par métier. Une architecture valable pour un avocat ne doit pas être transposée mécaniquement à un médecin, un pharmacien, un vétérinaire ou un expert-comptable.
03.Premier tableau : distinguer trois modes de détention
Avant d’étudier les économies potentielles, il faut comparer les fonctions remplies. Le tableau ne tranche pas seul : il permet d’identifier le point de départ de l’étude.
Comment le lire ? La SPFPL n’est pas « meilleure » que la détention directe. Elle devient pertinente lorsqu’une fonction de financement, de regroupement ou de réinvestissement justifie durablement son existence.
04.Premier cas d’usage : financer l’acquisition de titres d’une SEL
La SPFPL est souvent étudiée lorsqu’un professionnel rachète des titres d’une société d’exercice. La holding emprunte pour acquérir la participation ; les distributions reçues de la société détenue peuvent ensuite contribuer au remboursement de la dette. Ce levier n’est viable que si la SEL peut distribuer sans fragiliser son exploitation. Résultat comptable, trésorerie, investissements, besoin en fonds de roulement, rémunération des professionnels et règles de distribution doivent être projetés. Une dette calibrée sur le meilleur exercice historique transforme rapidement un avantage théorique en contrainte personnelle et professionnelle.
05.Le régime mère-fille réduit une friction, il ne rend pas les dividendes exonérés
Sous réserve du respect de ses conditions, le régime fiscal des sociétés mères permet à une société soumise à l’impôt sur les sociétés de retrancher de son résultat une large part des dividendes éligibles reçus de sa filiale. Une quote-part de frais et charges demeure en principe imposable. Cette mécanique facilite la conservation de ressources dans le groupe pour rembourser une dette ou réinvestir. Elle ne signifie ni absence totale d’impôt, ni mise à disposition personnelle. Les conditions de participation, de conservation, d’assujettissement et les éventuelles règles particulières doivent être vérifiées sur la structure réelle.
06.L’argent de la SPFPL n’est pas l’argent disponible du foyer
Un dividende remonté de la SEL à la SPFPL reste dans une personne morale. Pour payer une dépense privée, le professionnel doit recevoir un flux juridiquement justifié : rémunération, dividende, remboursement de compte courant ou autre opération valable. Chaque voie possède ses conditions et ses conséquences fiscales, sociales et comptables. Une comparaison honnête distingue donc trois niveaux : résultat produit par le cabinet, trésorerie disponible dans la holding et revenu net utilisable par le foyer. Confondre ces niveaux fait apparaître une économie qui disparaît dès que le professionnel a besoin de consommer les fonds.
07.Les intérêts d’emprunt ne sont pas automatiquement et intégralement déductibles
Lorsqu’une SPFPL s’endette, ses charges financières peuvent contribuer à diminuer son résultat imposable dans les conditions du droit fiscal. Cette affirmation doit rester prudente : lien avec l’intérêt social, documentation, taux, capacité d’endettement et dispositifs de limitation des charges financières peuvent intervenir. La dette doit également résister à une baisse d’activité, à l’arrêt de travail d’un associé, au départ d’un professionnel ou à un besoin d’investissement de la SEL. La déductibilité fiscale ne rembourse jamais un emprunt ; seuls les flux effectivement disponibles le font.
08.La SPFPL peut organiser plusieurs participations et une gouvernance
Une holding peut centraliser des participations, faciliter certaines évolutions de capital et rendre plus lisible une stratégie de groupe. Elle peut être utile lorsqu’un professionnel développe plusieurs structures autorisées, prépare l’entrée progressive d’associés ou souhaite séparer la détention de l’exercice quotidien. Mais la centralisation déplace aussi le pouvoir. Majorités, droits de vote, décisions réservées, politique de distribution, conventions intragroupe, départ, incapacité et décès doivent être prévus à la fois dans la holding et dans les sociétés détenues. Deux étages de statuts mal coordonnés peuvent multiplier les blocages.
09.Les activités complémentaires restent encadrées
Le cadre rénové autorise, sous conditions, des activités autres que la seule détention de participations. Leur étendue dépend du texte applicable et de leur lien avec les sociétés détenues ou la profession. Il ne faut pas en déduire qu’une SPFPL peut accueillir indistinctement immobilier locatif, placements privés et prestations commerciales. Chaque projet doit être confronté à l’objet social, aux règles ordinales, aux conflits d’intérêts, aux conventions réglementées et à son traitement fiscal. L’autorisation juridique d’une activité ne prouve pas qu’il soit patrimonialement judicieux de concentrer tous les risques dans la même société.
10.Immobilier professionnel : ne pas transformer une possibilité en réflexe
Les murs du cabinet peuvent être détenus directement, par une SCI, par une société d’exploitation ou dans une organisation liée au groupe, selon ce que permettent les textes et le financement. Chaque option modifie la protection de l’actif, les loyers, la fiscalité, les garanties bancaires et la sortie. Loger une participation immobilière sous ou auprès de la SPFPL peut faciliter certains flux, mais peut aussi lier le remboursement des murs à l’activité professionnelle et compliquer une cession. Il faut simuler la vente séparée du cabinet, l’arrivée d’un associé et la conservation des murs après la retraite.
11.Deuxième tableau : décider selon l’usage futur des flux
La destination de la trésorerie est souvent plus discriminante que le niveau actuel du bénéfice. Ce tableau met en regard le projet et l’utilité probable d’une holding.
Lecture pratique : plus le professionnel a besoin de ressources personnelles immédiates, moins l’intérêt d’une capitalisation dans la holding est évident. Plus les flux doivent financer un projet professionnel durable, plus l’étude devient pertinente.
12.Exemple : acquérir 40 % d’une SEL avec une SPFPL endettée
Une professionnelle de santé souhaite acheter 40 % de la SEL dans laquelle elle exerce. La SPFPL emprunte pour acquérir les titres. Le plan suppose que la SEL distribue chaque année une fraction de son résultat à ses associés, dont la holding. La simulation doit conserver dans la SEL la trésorerie nécessaire au cabinet, financer les investissements, rémunérer le travail et prévoir une baisse d’activité. Au niveau de la SPFPL, elle intègre annuités, intérêts, frais juridiques et comptables, impôt résiduel et réserve de sécurité. Au niveau du foyer, elle vérifie que le revenu disponible reste suffisant.
Si l’équilibre exige de distribuer presque tout le résultat de la SEL chaque année, la structure est trop tendue, même si le scénario fiscal paraît séduisant.
13.Association : le montage doit rester praticable lorsque les personnes changent
La SPFPL peut accompagner une association progressive : achat d’une participation, montée au capital, regroupement de plusieurs associés ou préparation d’une relève. Il faut toutefois déterminer qui détient quoi, à quel prix et avec quels droits à chacun des deux niveaux. Agrément, exercice effectif, qualité professionnelle, départ en retraite, héritiers, exclusion et délai de régularisation peuvent affecter la détention. Le pacte ne doit pas seulement décrire l’entente actuelle ; il doit organiser la séparation, le refinancement et le rachat lorsque l’un des associés ne peut plus exercer.
14.Cession et transmission : raisonner sur les deux étages
Vendre les titres de la SEL détenus par la SPFPL ne produit pas le même résultat que vendre personnellement les titres de la SPFPL. Le vendeur, l’actif cédé, le prix encaissé et la disponibilité personnelle des fonds diffèrent. La fiscalité et les contraintes professionnelles doivent être étudiées avant toute réorganisation. Pour une transmission familiale ou entre professionnels, il faut également examiner la valorisation de chaque société, la dette, les droits de vote, les conditions de détention et la capacité du successeur à exercer. Une holding créée tardivement ne corrige pas automatiquement une opération déjà engagée.
15.Le coût complet dépasse les frais de constitution
Statuts adaptés, formalités, contrôle professionnel, comptabilité, comptes annuels, banque, déclarations fiscales, conventions et conseil représentent des coûts récurrents. S’y ajoutent le temps de gouvernance et le risque d’erreur entre sociétés liées. L’étude doit comparer, sur plusieurs années, la détention directe et la SPFPL : coût d’acquisition, dette, fiscalité des flux, revenu personnel, capacité de réinvestissement et coût de sortie. Un avantage annuel faible peut être absorbé par les frais fixes ; un financement important peut au contraire justifier pleinement l’outil.
16.Les erreurs les plus fréquentes
Créer une SPFPL parce que le bénéfice augmente
Le niveau du bénéfice ne constitue pas, seul, un projet de holding.
Parler de dividendes exonérés
Le régime mère-fille est conditionnel et conserve notamment une quote-part imposable.
Oublier le besoin de revenu personnel
Une seconde étape est nécessaire pour rendre les fonds disponibles au foyer.
Financer sur des distributions maximales
La SEL doit conserver les moyens d’exercer et d’investir.
Copier le montage d’une autre profession
Les règles de capital, de direction et de contrôle ne sont pas interchangeables.
Mélanger immobilier, placements et exploitation
La possibilité juridique, le risque et l’intérêt patrimonial doivent être distingués.
Négliger la sortie
La cession des titres de la SEL et celle des titres de la holding n’ont pas les mêmes effets.
Oublier décès ou incapacité
Dette, qualité des associés et continuité du contrôle doivent être organisées.
17.Une méthode de décision en six chiffres et six documents
Les chiffres essentiels sont le prix des titres, l’apport, la dette, les distributions prudentes, le revenu net nécessaire au foyer et le coût annuel de la structure. Ils doivent être testés dans un scénario central et au moins un scénario dégradé. Les documents à rapprocher sont les statuts de la SEL, le projet de statuts de la SPFPL, le pacte, les comptes et prévisions, l’offre de financement et les règles ou décisions de l’autorité professionnelle. Les conventions intragroupe et assurances complètent ensuite l’architecture. Chez CORADE PATRIMOINE & CONSEIL, nous mettons ces flux en perspective avec la protection du revenu, les crédits privés, les projets familiaux, l’immobilier professionnel et la stratégie de cession. La validation juridique, fiscale, comptable et professionnelle est coordonnée avec les conseils compétents.
18.Questions, FAQ et conclusion
01. Quelle opération précise la SPFPL doit-elle rendre possible ?
Acquisition, remboursement, regroupement, réinvestissement ou transmission doivent être nommés et chiffrés.
02. Combien la SEL peut-elle distribuer sans fragiliser le cabinet ?
La capacité réelle se calcule après rémunérations, investissements et réserve de sécurité.
03. Quelle part des fonds devra rejoindre le foyer ?
Le besoin personnel permet de mesurer la seconde fiscalité et l’utilité réelle de la capitalisation.
Toutes les professions libérales peuvent-elles créer une SPFPL ?
Le dispositif vise les professions libérales réglementées, sous réserve des textes applicables à chacune.
Une SPFPL exerce-t-elle la profession ?
Non dans sa fonction de holding : l’exercice demeure dans la structure professionnelle autorisée qu’elle détient.
Les dividendes reçus sont-ils totalement exonérés ?
Non. Le régime mère-fille, lorsqu’il est applicable, est conditionnel et laisse notamment subsister une quote-part de frais et charges.
Peut-on utiliser sa trésorerie pour une dépense personnelle ?
Pas directement. Toute sortie au profit du professionnel doit avoir un fondement et son propre traitement.
La SPFPL permet-elle de déduire tous les intérêts ?
Non automatiquement. Les conditions générales et limitations fiscales doivent être vérifiées.
Peut-elle détenir une SCI ou d’autres actifs ?
Cela dépend des textes professionnels, de l’objet, de la structure choisie et de l’opportunité économique ; aucune réponse générale ne doit être transposée sans contrôle.
Quand faut-il l’étudier ?
Avant de signer un rachat, de demander le financement, de faire entrer un associé ou d’engager une réorganisation.
La SPFPL est un excellent outil lorsqu’elle finance et organise un projet identifiable. Elle devient une charge lorsqu’elle ne sert qu’à déplacer temporairement une fiscalité sans destination pour les fonds.
La décision doit relier réglementation professionnelle, flux de la SEL, dette de la holding et besoins du foyer dans un seul modèle.
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INFORMATION GÉNÉRALE
Information générale - Ce contenu présente les principaux enjeux d’une société de participations financières de professions libérales. Il ne constitue ni une consultation juridique, fiscale, sociale ou comptable, ni une recommandation de financement ou d’investissement. Les possibilités de détention, de direction et d’activité dépendent de la profession, de la forme des sociétés, de l’autorité compétente et des textes en vigueur. Chaque création, acquisition, distribution ou transmission doit être vérifiée et documentée avec les professionnels compétents.
RÉFÉRENCES JURIDIQUES & SOURCES OFFICIELLES
Principaux textes et ressources officielles mobilisés pour éclairer cet article. Sources consultées à la date de publication ; les règles applicables doivent être vérifiées à la date de la décision.
- Ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023Cadre commun de l’exercice en société des professions libérales réglementées, dont les SPFPL.
- Décret n° 2024-872 du 14 août 2024Mesures d’application relatives à l’exercice en société des professions libérales réglementées.
- Code général des impôts - article 145Conditions d’application du régime fiscal des sociétés mères.
- Code général des impôts - article 216Traitement des produits de participations et quote-part de frais et charges.
- BOFiP - régime fiscal des sociétés mèresDoctrine administrative relative aux conditions et effets du régime mère-fille.
- BOFiP - limitation des charges financières nettesDoctrine administrative relative aux règles générales de plafonnement des charges financières.
- Entreprendre Service-Public.fr - professions libéralesRepères officiels sur les professions réglementées et leurs modes d’exercice.
- INPI - Guichet uniqueFormalités de création et de modification des sociétés.
- Ordre national des pharmaciens - SPFPLIllustration des formalités ordinales propres à une profession de santé réglementée.
- Ordre national des vétérinaires - inscription d’une SPFPLIllustration du contrôle et des démarches professionnelles propres aux vétérinaires.
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