01.Deux titulaires de droits, un seul contrat
L’usufruit confère le droit de jouir de la chose sous réserve d’en conserver la substance, selon les articles 578 et suivants du Code civil. Le nu-propriétaire détient le droit appelé à redevenir pleine propriété à l’extinction de l’usufruit. Appliquée à un contrat financier, cette séparation suppose d’organiser concrètement les décisions : versements, arbitrages, modification du mode de gestion, avance, rachat partiel ou total.
02.Définir les fruits ne va pas de soi
La progression annuelle de la valeur du contrat peut provenir d’intérêts, de revenus capitalisés ou de plus-values latentes. Assimiler automatiquement toute variation positive à un fruit susceptible d’être prélevé par l’usufruitier peut progressivement réduire la substance économique revenant au nu-propriétaire. À l’inverse, priver durablement l’usufruitier de toute perception peut contredire la réalité de ses droits. La convention doit donc rechercher un équilibre cohérent avec l’objectif de la donation.
03.Les rachats créent un décalage civil et fiscal
Fiscalement, un rachat partiel comprend une part de capital et une part de produits calculées selon l’article 125-0 A du CGI. Civilement, la convention peut organiser différemment les sommes revenant à l’usufruitier. Ce décalage peut avoir des conséquences lors des rachats suivants : la fiscalité supportée aujourd’hui par l’un peut influencer la base de calcul applicable demain à l’autre. La mécanique doit être simulée avant d’autoriser des retraits unilatéraux.
04.Le quasi-usufruit exige une prudence renforcée
Lorsqu’une somme issue du contrat est remise à l’usufruitier avec obligation de restitution à terme, une créance de restitution peut naître au profit du nu-propriétaire. Depuis la loi de finances pour 2024, l’article 774 bis du CGI limite la déductibilité successorale de certaines dettes de restitution portant sur une somme d’argent dont le défunt s’était réservé l’usufruit. La doctrine BOFiP publiée le 26 septembre 2024 précise le champ du dispositif et certaines exceptions. Il serait donc inexact de considérer toute créance de quasi-usufruit comme automatiquement déductible au décès.
05.La convention de démembrement est centrale
Elle peut notamment préciser :
- les pouvoirs d’arbitrage ;
- les conditions des rachats ;
- la définition et la périodicité des fruits ;
- l’affectation des sommes retirées ;
- le remploi éventuel ;
- les modalités d’information du nu-propriétaire ;
- les conséquences d’un rachat total ;
- le traitement d’une éventuelle créance de restitution.
La convention proposée par l’assureur doit être confrontée à l’acte de donation et à l’objectif patrimonial. Les deux documents ne doivent pas se contredire.
06.Une stratégie qui ne doit pas devenir automatique
Le démembrement peut permettre de transmettre progressivement la valeur patrimoniale tout en maintenant certains droits au profit du donateur. Il ajoute cependant des contraintes civiles, fiscales et opérationnelles. Pour des montants limités ou des besoins de retraits fréquents, sa complexité peut dépasser son intérêt. Une donation en pleine propriété, un portefeuille de titres ou une organisation différente peuvent parfois être plus lisibles. Découvrir la place du contrat dans une stratégie patrimoniale
07.Le véritable enjeu est la coexistence dans la durée
Le démembrement ne se résume pas à une répartition de valeur au jour de la donation. Il organise une relation qui peut durer plusieurs années entre des personnes dont les besoins peuvent évoluer. La convention doit être éprouvée face à des situations concrètes : besoin de revenus, baisse des marchés, demande de rachat, changement de gestion ou désaccord familial.
Une convention utile n’explique pas seulement qui possède quoi. Elle indique comment les décisions pourront réellement être prises demain.
08.Ce que nous pouvons examiner avec vous
Chez CORADE PATRIMOINE & CONSEIL, l’analyse du démembrement commence par les besoins concrets des deux titulaires de droits.
Les besoins de l’usufruitier
Revenus attendus, fréquence des retraits, sécurité recherchée et dépenses futures doivent être identifiés avant de définir ses prérogatives.
La protection du nu-propriétaire
La substance économique qui doit lui revenir, son information et sa participation aux décisions importantes doivent être organisées.
Le fonctionnement du contrat
Les procédures de l’assureur, les supports, les arbitrages, les rachats et les éventuelles avances doivent être confrontés à la convention.
Les conséquences fiscales
Les produits imposables, les prélèvements sociaux, la charge de l’impôt et une éventuelle créance de restitution doivent être anticipés.
L’objectif n’est pas de rédiger une convention théorique, mais de rendre le contrat réellement administrable pendant toute la durée du démembrement.
Trois questions à vous poser avant de démembrer
01. L’usufruitier aura-t-il besoin de retraits réguliers ?
Plus les rachats prévisibles sont importants, plus leur régime civil, fiscal et opérationnel doit être détaillé.
02. Qui devra pouvoir modifier l’allocation ?
Un contrat exposé aux marchés exige une règle de décision compatible avec les droits et l’horizon de chacun.
03. Que se passera-t-il en cas de désaccord ?
La convention doit prévoir une méthode praticable avant que les intérêts ne divergent.
Le démembrement doit être testé face aux décisions difficiles, pas seulement face au scénario idéal.
Questions fréquentes
Partager les droits sans rendre la gestion impossible
Le démembrement d’un contrat de capitalisation peut permettre de transmettre une partie de la valeur patrimoniale tout en maintenant certains droits au profit du donateur. Mais cette stratégie ne fonctionne que si les notions abstraites deviennent des règles concrètes : qui arbitre, qui retire, qui perçoit, qui paie l’impôt et comment la substance est préservée. Une convention utile doit donc relier trois dimensions :
les droits civils de chacun
la fiscalité des opérations
les possibilités techniques de l’assureur.
Le démembrement ne doit pas seulement répartir la propriété. Il doit permettre aux personnes concernées de prendre des décisions compréhensibles pendant plusieurs années.
INFORMATION GÉNÉRALE
Information générale - Contenu pédagogique, à jour au 4 septembre 2026. Il ne constitue ni une recommandation personnalisée, ni un conseil juridique, fiscal ou en investissement. Les conséquences d’une donation, d’une succession, d’un démembrement ou d’une détention par une société dépendent de la situation, des stipulations du contrat et de la réglementation applicable. Une opération de transmission doit être préparée avec les professionnels compétents. Les unités de compte présentent un risque de perte en capital.
RÉFÉRENCES JURIDIQUES & SOURCES OFFICIELLES
Principaux textes et ressources officielles mobilisés pour éclairer cet article. Sources consultées à la date de publication ; les règles applicables doivent être vérifiées à la date de la décision.
- Code civil – articles 578 à 624Droits et obligations de l’usufruitier et du nu-propriétaire.
- Code civil – article 587Régime civil du quasi-usufruit portant sur des choses consomptibles.
- CGI – article 774 bisLimitation de la déductibilité successorale de certaines dettes de restitution.
- BOFiP-Impôts – dettes de restitutionDoctrine administrative précisant le champ et les exceptions du dispositif de l’article 774 bis du CGI.
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